231 - Simplicité et pauvreté, le chemin vers dieu?

Dans le penser des hommes, la simplicité et la pauvreté sont devenues des notions qui s'appliquent toujours aux sages, aux artistes et aux ermites qui vouent leur vie à un but abstrait, et pour lequel ils se donnent avec un oubli d'eux-mêmes. 

On croit habituellement que celui qui apporte quelque chose de surnaturel ou bien quelque chose d'originel doit souffrir et faire des sacrifices pour cela. 

La pauvreté et la simplicité ont été chantées dans les poésies, le romantisme et les textes sacrés. 

En vérité, la pauvreté et la simplicité sont le sol fertile d'où l'homme peut produire de nobles fruits, mais la pauvreté peut aussi être un obstacle, lorsque l'homme veut atteindre quelque chose dans le domaine matériel - seule, la noblesse intérieure, le détachement et la véritable spiritualité sont en état de transformer la pauvreté en richesse spirituelle, et d'exprimer la simplicité dans une profonde sagesse. 

Il y a naturellement toutes sortes de pauvretés. 

La pauvreté matérielle est cause d'une vie difficile, seul l'homme qui est, totalement absorbé par son but peut la supporter, mais elle peut également l'abattre quand elle attaque ses besoins vitaux. 

La simplicité est quelque chose de tout autre que la pauvreté, elle signifie un caractère naturel, une sobriété, une aversion envers la pompe et la somptuosité, le rejet de la parade des étiquettes et des grades qui ravissent tant l'homme du monde, mais qui ne trompent jamais le sage. 

Sur le Chemin vers Dieu ou l'Esprit, on rencontre la simplicité, on ne peut pas l'éviter parce que la vérité de la simplicité est seule en état de répandre la Noblesse de l'Esprit. 

L'artiste inspiré, au commencement de sa reconnaissance est souvent tourmenté par la pauvreté, et seul l'artiste qui est vraiment génial ou doué de talent, peut supporter cette pauvreté tout en sachant pourtant déployer ses dons dans toute leur beauté. 

Par la privation et la souffrance naissent, chez l'homme créatif, des créations merveilleuses. 

La souffrance approfondit l'homme la douleur intensifie l'émotion qui est placée dans la création. 

Il en est de même avec l'homme individuel spirituel. 

La Véritable Spiritualité est une Création de l'âme. 

Elle jaillit en haut comme une Source intarissable dans l'intérieur de l'homme, et celui-ci ne peut pas retenir la courant, ni aucune circonstance extérieure ne peut empoisonner ou assécher la Source - au contraire - , les circonstances dures et lourdes forcent ce spiritualiste à creuser plus profondément, à découvrir plus cette Source, parce qu'entouré de circonstances obscures, il cherche avec ardeur les Clartés rayonnantes de sa Source intérieure. 

C'est pourquoi un tel homme ne peut que louer et remercier l'Esprit ou Dieu pour les résistances impitoyables, pour les souffrances et les douleurs qu'il a dû subir dans sa vie - Elles lui ont été données pour des richesses qui ne peuvent jamais être attaquées par "la teigne et la rouille". 

Ce n'est pas un privilège d'être abattu par la pauvreté, mais c'est un privilège de trouver la force d'endurer les circonstances les plus dures. 

L'homme est vite disposé à retourner le sens dés choses; - La pauvreté appartient au Chemin vers l'Esprit, mais c'est à saisir dans le sens inverse: - L'homme de l'Esprit rencontrera toutes les profondeurs et les phases de la pauvreté, parce qu'il possède une Richesse intérieure. 

La Noblesse spirituelle et la Richesse spirituelle ne peuvent aucunement être anéanties ni par des richesses matérielles, ni par la pauvreté matérielle, ni par des circonstances oppressantes - à condition que l'homme soit véritablement un spiritualiste-créatif - celui qui puise de lui-même les richesses spirituelles et qui n'est jamais dépendant des sources extérieures à lui. 

Un tel homme est un philosophe, un sage, un homme qui se remplit de lui-même et qui se charge de lui-même, qui ne peut jamais être "tué spirituellement" par les influences du dehors. 

Cette Créativité est donnée à chacun. 

L'âme est originellement Créative - cela veut dire qu'elle possède un Noyau spirituel qui peut créer de lui-même, à condition qu'elle soit de nouveau réunie, en Unité, avec l'Esprit - et cela n'est qu'une question de connaissance et surtout de besoin.  

Le Besoin intérieur de Nourriture spirituelle fait que l'homme devient un chercheur, et si ce Besoin est très fort, il peut par amour de Cela vaincre d'immenses résistances. 

Parce que le Besoin est comme une Prière, une Liaison éthérique qui appelle l'Esprit plus près, et dans un tel moment, l'âme, si faible soit-elle, et l'Esprit deviennent UN, ce par quoi le Don Originel de la "Création" arrive de nouveau à la Vie. 

Lorsque l'homme ne peut et ne sait rien produire de lui-même, c'est au vrai sens du terme une dégénérescence - cet homme n'a jamais été destiné qu'à devenir un imitateur, un écho - il est finalement devenu ainsi parce que le Noyau spirituel Vivant lui est fermé, ou lui a échappé.   

Tout comme le véritable grand artiste est simple de cœur, et, comme le véritable sage sait puiser la sagesse spirituelle dans la simplicité de son cœur, ainsi, l'homme spirituel peut-il produire des Richesses spirituelles de par la simplicité de son être spirituel, Richesses qui vont étonner ses prochains. 

La pauvreté et la simplicité ne forment pas toujours le "Chemin vers Dieu, mais la simplicité-du-cœur et la pauvreté du manque de connaissance extérieure conduisent l'homme bien plus près des Sources spirituelles, parce qu'ainsi, il a moins à déblayer, parce qu'ainsi, il est moins chargé, son cerveau est moins saturé, et son cœur n'est pas recouvert par un type de vie superficielle. 

La simplicité-du-cœur n'a rien à voir avec l'argent et les biens, ni avec un manque d'intelligence, mais cela veut dire qu'un tel homme suit l'inspiration de son cœur, qu'il fait ce que son cœur lui dicte, qu'il ne mâche pas ses mots ni ne remplit son Sentier de désirs et de passions. 

La simplicité-du-cœur est chassée par l'envie qui est une passion conduisant l'homme sur un chemin rempli de pompes et de somptuosité, qu'importe le domaine.  

L'envie spirituelle est une passion du cœur qui finit toujours dans les cérémonials extérieurs et pompeux et dans l'apparat et la somptuosité.  

"Tue l'envie" - dit la sagesse orientale, et cela ne signifie pas, mener une lutte à mort contre ses propres passions, mais retourner à la respiration harmonieuse que l'on rencontre partout dans la nature. 

La nature est simple dans sa beauté, mais aussi dans sa laideur. 

Du contraste entre la beauté et la laideur, la lutte n'éclate pas. 

Tout est comme cela doit être. 

C'est la base de la simplicité évidente de la nature. 

Cette simplicité naturelle garderait l'homme des nombreux problèmes, car elle est en même temps une satisfaction. 

Et l'homme spirituel est toujours reconnaissant pour ce qu'il possède, qu'importe ce que c'est, et il est toujours reconnaissant pour les richesses spirituelles qu'il peut éventuellement recevoir, et de ceci nait la simplicité naturelle: une totale négligence de la parure extérieure, car son intérêt ne va plus dans cette direction puisqu'il ne se sent plus appelé à se maintenir coûte que coûte. 

De l'affirmation de sa personnalité, même dans la spiritualité, proviennent tous les soucis, tous les problèmes et toutes les craintes. 

Cela n'a aucun sens d'obliger à la pauvreté matérielle un homme doué ou spirituel, puisque son orientation intérieure ne se dirige jamais sur des richesses matérielles - ainsi il recevra seulement ce dont il a besoin pour son entretien de vie nécessaire - mais jamais plus - les deux côtés se mettent en équilibre et en rapport avec l'intérieur de l'homme, les circonstances se règlent sur lui. 

Un spiritualiste qui se baigne dans la possession matérielle n'existe pas; il distribue le surplus de sa possession aux prochains moins favorisés, ou il se retire des faveurs matérielles. 

Il ne sait que trop bien qu'un oiseau dans une cage d'or est tout aussi entravé dans le déploiement de ses ailes, qu'un oiseau dans une cage de fer. 

Aussitôt que l'argent et les biens lui sont échus et qu'il les garde, on ne peut pas dire, "Cela lui va bien!" - au contraire, mais il y a spirituellement quelque chose qui manque chez lui! 

L'Esprit ne se communique jamais au moyen de l'argent et des biens, mais toujours par la voie de la privation de quelque chose ou de quelqu'un.  

L'âme, dans l'homme matériel, vit dans les privations. 

Au commencement, elle ne s'en rend pas compte jusqu'à ce qu'une expérience la rende consciente d'un manque.  

L'homme qui vit dans la pauvreté et les privations n'est pas nécessairement simple ou spirituel, c'est son orientation intérieure qui le désigne comme un homme simple et un homme intérieurement noble. 

Le niveau de vie intérieure n'est jamais la suite de la simplicité ou de la pauvreté, mais ce niveau de vie intérieure arrive à se démontrer et se déploie s'il est déjà présent dans le germe. 

Une chose qui n'est pas présente ne peut jamais se développer - on ne peut pas faire d'un homme, un spiritualiste, s'il ne possède pas un germe spirituel à cet effet. 

Alors la simplicité peut être soit une faiblesse d'esprit, ou un aspect primaire, et la pauvreté devient une situation éveillant la pitié. 

Tout ce qui jaillit de l'intérieur, qu'importe que ce soit noble ou ignoble domine le caractère artificiel extérieur ou la circonstance extérieure.  L'homme intérieur - soit biologiquement instinctif chez l'homme naturel, soit spirituel, chez l'homme spirituel, saisit toujours à un certain moment, la chance de se démontrer. 

On ne peut jamais réprimer en permanence ce qui pousse intérieurement pour se mouvoir vers le dehors. La Noblesse intérieure se témoigne toujours, l'aspect primitif intérieur et la bestialité intérieure, également. 

C'est précisément dans les circonstances misérables pénibles, pleines de soucis, là où l'homme est réduit à lui-même, que l'homme intérieur s'extériorise et démontre son véritable visage. 

C'est aussi une forme de simplicité irrésistible. 

La vraie nature de l'homme saisit sa chance d'exister. 

On peut durant de longues années jouer un jeu avec soi-même, on peut pendant de longues années mener une double-vie, mais à un moment, ces deux existences lutteront pour donner le ton, parce que finalement tout homme veut être celui qu'il est réellement, il veut enfin être "lui-même". 

C'est toujours un privilège que de recevoir la possibilité de pouvoir être soi-même, parce que dès ce moment - lorsque l'homme vit consciemment - le vrai chemin de vie peut commencer. 

Il est mieux d'avoir tardivement la compréhension, que pas du tout. 

Il est mieux: de recommencer que de continuer une route qui n'aboutit nulle part. 

L' homme qui vit de la simplicité de son cœur et qui ne demande pas de récompenses, ni de reconnaissance des hommes, n'est pas en quête d'un but il ne s'occupe que du présent et ne fait que ce qu'il sent devoir faire. 

C'est aussi la poussée intérieure du spiritualiste et de l'artiste doué, que d'être pressé de produire quelque chose, d'être pressé de supprimer lui-même ce qui veut s'extérioriser et peut ainsi témoigner. 

Lorsque l'âme vient au contact de l'Esprit, il se passe quelque chose de cela dans l'homme - il est touché intérieurement et cette émotion ou cette pression le force à faire quelque chose d'une manière ou d'une autre.  

Non pas "l'acte" sur lequel l'homme extérieur rassasie ses yeux, mais "l'acte" dans Ia signification la plus noble du terme. 

Les actions peuvent aussi bien être matérialisées que se dérouler éthériquement, mais ce qui se trouve dans l'homme jusqu'au moment de cette naissance veut s'extérioriser. 

A cet effet, il n'est jamais compté sur les circonstances - le moment de cette naissance est choisi précisément en principe et suivant les Lois spirituelles. 

La personnalité, en tant qu'égo et homme matériel, s'en trouve pour la plus grande partie exclue. 

De là vient qu'un homme, après un échange intensif de pensées spirituelles, se demande où il a cherché cette connaissance spirituelle. 

Cela est né en dehors de lui. 

Mais l'homme instinctif également qui s'abandonne à la simplicité de son cœur peut se demander cela lorsqu'il prononce certaines paroles par colère ou passion. 

L'intérieur est forcé de s'extérioriser. 

La personnalité extérieure spectatrice s'étonne, s'effraie ou se réjouit. 

Le Chemin vers l'Esprit est toujours entouré de telles expériences, elles sont indispensables - chacun doit descendre dans ses propres abîmes pour apprendre à connaître le temple intérieur ou l'enfer intérieur.  

Le Temple de l'Esprit ne peut donc que se trouver dans l'homme-même! 

Il n'échappe pas à la purification ou à la reconstruction. 

Le simple-de-cœur ne refusera donc jamais cette tâche, ni ne la reniera - seuls ceux qui font parade spirituellement croient qu'ils pourront y échapper, jusqu'au moment où l'intérieur est conduit vers l'extérieur, sous les pressions, alors ils voient dans le visage de la Méduse, et cela aussi c'est une grâce, un privilège, car cela signifie qu'un tel homme possède la possibilité de devenir un Persée. 

Le détachement est une forme de pauvreté par laquelle la misère matérielle devient moins cuisante - être soi-même dans une simplicité naturelle est un reflet de la simplicité spirituelle obtenue par la sagesse. 

La simplicité n'est jamais définie par des valeurs extérieures, mais par l'orientation intérieure, le beau lis est aussi simple que la renoncule toute simple - tous deux exposent, dans une simplicité naturelle, leur être, et tous deux contribuent à l'harmonie de la nature.  

L'homme qui parade se vante et est artificiel, est une dissonance au milieu du silence et de l'harmonie de la nature, et lui donc qui ne voit pas la nature dans toute sa beauté merveilleuse, dans l'efficience de ses dures lois et dans les merveilles naturelles instinctives de son existence - comment pourrait-il jamais trouver la simplicité du cœur qui est fondé dans l'harmonie de la respiration naturelle et dans l'unité de l'âme et de l'Esprit? 

La création de l'homme est le fruit de son intérieur, mais il n'y a personne qui puisse rester stérile lorsqu'il veut vraiment vivre. 

La pression spirituelle intérieure le conduit vers un point culminant où il engendrera un fruit qui le réjouira, qui le surprendra ou bien l'effraira, mais il saura alors qu'il est vivant: une créature dont on s'occupe. 

Une telle notion peut le stimuler à des actes pour un renouvellement ou pour un changement, et il appartiendra aux créatures que l'Esprit tient dans sa Main, parce qu'Il les aime. 

Celui qui est conscient de cela, recevra avec connaissance et compréhension les changements de l’Esprit, pour que son penser s’unisse avec le Grand Penser dans L???. toute la Vie est reconduite à la Source d’où elle est venue. 

©1977-2015 Henk et Mia Leene