197 - Liberté et sectarisme

Lorsque nous abordons le sujet du sectarisme, nous nous heurtons à un: compréhension qui contient presque , de nos jours, une désapprobation.

Sectarisme vient du mot : secta, qui signifie : ligne de conduite, sens philosophique.

C'est donc un terme général, qualifiant les groupes qui suivent une certaine ligne de conduite philosophique.

Dans les cercles ecclésiastiques, on met l'accent sur le fait que de tels groupes dévient alors de la ligne de conduite cléricale, ou qu'ils ne suivant plus les principes chrétiens, et que, de cette manière, chacun décrète sa propre ligne de conduite.

La signification péjorative que le mot "secte" a reçu, date du temps de la séparation des églises.

En Grèce, par exemple, les Stoïciens formaient une secte : on partait de l'idée que tous ceux qui étaient partisans d'une secte connaissaient des lignes de conduite sévère, et que n'importe qui n'était pas admis dans leur centre.

Aucune signification défavorable n'est donc attachée au mot : secte.

Lorsqu'on dit : "je ne suis pas sectaire", on veut dire par là qu'on n'est pas fanatique.

Les mouvements religieux de masse contiennent dans leurs groupes plus de fanatiques que ne peuvent en contenir quelques sectes.

Ce mot, comme tant d'autres, fut extrait de sa signification originelle et identifié par le sceau que les pères de l'église lui ont apposé.

La liberté et le sectarisme semblent en apparente opposition parce que le sectateur connait toujours des lignes de conduite sévère et que la liberté, comme on le croit toujours, ne connait pas de réglé.

Chaque secte est dépendante de la source sur laquelle elle a fondé sa base.

La source est responsable de la caractéristique et de l'animation de la secte. Dans les temps anciens, chaque sectateur suivait ponctuellement la ligne de conduite de la secte.

Cette ligne de conduite, essentielle et fondamentale, jointe à la source d'inspiration, lui donnent son nom et sa réputation.

Nombreux sont ceux qui croient que les sectes sont condamnées à périr si elles ne sont pas d'origine chrétienne, c'est-à-dire, si elles ne viennent pas du Christ.

Et en fait, c'est ainsi, si l'on voit le Christ comme une Force de Lumière inspirante, comme le Logos, le Dieu-en-nous.

Une secte ne peut exister sur une organisation, sur un édifice extérieur puissant, parce qu'elle perd alors son point de départ sectaire, et termine dans une religion séculière organisée, ou dans une église.

Dans notre société, les églises sont des édifices hiérarchisés et organisés de façon gigantesque, ce qui, justement par cette construction même, leur a permis de braver la corrosion des siècles.

La secte ne possède pas de beaux vêtements pour dérober l'intérieur aux yeux des hommes, mais sa source et ses disciples, ou partisans, forment le groupe.

De là, la vulnérabilité de la secte. Vulnérabilité en tant qu'ensemble, non comme individu.

Ici se trouve le point de rencontre entre le sectarisme et la liberté. Pas plus que la secte, la liberté ne connait de revêtement, elle EST.

La liberté, comme inspiration, fixe la conduite de ses fidèles.

Chaque idée passe par le cerveau de l'homo et s'extériorise comme une image-pensée ; la liberté est tout aussi individuelle que l'est l'idée de sectarisme.

La liberté et le sectarisme vont ensemble lorsque ces deux idées sont débarrassées d'une fausse association d'idées.

Le christianisme-ecclésiastique et la liberté, eux, ne vont pas ensemble. Entre eux, se trouve le dogme clérical : une discipline fixée et apprise, une philosophie limitée, qui retiennent toute liberté de pensée.

Le sectateur est libre à cet égard : il peut discuter, comme les Stoïciens l'ont prouvé abondamment ; il sait réfléchir de façon approfondie sur la source d'inspiration de la secte, l'analyser, la méditer — bref, en tant que sectateur, il sait se mouvoir librement dans son monde de penser.

Fanatisme et sectarisme ne sont pas synonymes !

Tout homme qui, par une source d'inspiration individuelle, se prescrit une ligne de conduite, est un sectateur ; il est tout de même libre.

On n'use pas de contrainte envers lui, parce que la contrainte efface la liaison entre la source d'inspiration et le disciple et on glisserait alors, sans s'en apercevoir dans un système dogmatique : l'organisation religieuse.

Chaque manifestation religieuse est d'origine sectaire : principes, sévérité, maîtrise et domination intérieure, sont des compréhensions de l'ancien sectarisme.

Les sectes du Mystère connaissaient toutes des moeurs sévères, jusqu'à ce qu'elles s'agrandissent ; alors elles s'éparpillèrent, se diluèrent, et furent finalement absorbées dans le temps, où elles ne continuèrent d'exister que comme religion dogmatique.

Beaucoup connurent ce sort, hélas !

Et de cet éparpillement et de ce nivelage des premières sectes, chaque grand groupe religieux forma ses propres sectes.

 Dans chaque homme existe une vague nostalgie envers le sectarisme, la pureté, le christianisme ou le gnosticisme né de l'intérieur.

L'homme s'irrite trop souvent contre lui-même : de sa propre tiédeur, de sa paresse, de sa duplicité, et alors nait en lui ce désir indéfinissable de la sévérité d'une secte, ou bien de la main d'un maître le rappellent à l'ordre, de préférence de manière rigide.

Au point de vue spirituel, l'homme est un enfant : il a besoin d'un père sévère.

La liberté qu'il désire lui est parfois trop lourde, il ne sait pas fixer ses propres limites, et d'autre part, dans les ordres religieux de masse, il ne peut pas s'approfondir.

La liberté et le sectarisme, opposés en apparence, sont au fond UN.

Celui qui sait maîtriser la liberté, sait également suivre les principes sévères du sectateur, sans que cela lui enlève quelque chose de sa liberté.

Ceux qui souhaitent la liberté, comme une forme d'indiscipline, devront d'abord vivre la " Disciplina Arcani ". La "discipline du sceau du secret". La discipline qui doit prévenir et empêcher la profanation.

La "Disciplina Arcani” date du temps du christianisme sectaire, lorsque le christianisme était encore lié aux principes sévères et aux doctrines intérieures.

Chaque sectateur est familiarisé avec cette "Discipline Arcani". Elle fait partie de lui. Toutes les sectes l'ont connue, et les historiens cherchent et devinent aujourd'hui encore, le mystère derrière cette loi intérieure.

Cette loi intérieure n'est pas un manque de liberté pour celui qui en hérite, parce que le sectateur ne trahit ni ne profane jamais le profond secret, la magie noble.

La profanation est toujours la suite d'une faiblesse. L'homme qui profane tout prouve qu'il ne connait pas la Noblesse de l'Alliance spirituelle, et qu'il ne possède pas une telle Noblesse intérieurs.

On ne peut pas tout abandonner : il doit rester dans l'homme, dans la secte, la Source secrète. Non pas comme une institution hiérarchique extérieure, mais comme un noyau respecté, duquel jaillit toujours et à nouveau l'Eau Vivante, l'Inspiration, l'Animation.

Si l'on souille ou profane cette Source, l'intensité spirituelle se dégénèrera.

Et ceci n'a rien à voir avec les édifices extérieurs, ni avec les belles organisations.

Un groupe religieux peut avoir beaucoup de membres, posséder un noyau sectaire de quelques individus libres de tout revêtement extérieur, qui vivent, croissent, et se dépouilleflavec un calme profond d'une telle couverture sans en éprouver le moindre embarras. Ils sont, en tant qu'individus de la secte, et chacun en particulier, des hommes ayant une ligne de conduite prononcée, qui ne pèche jamais contre leur "Disciplina Arcani", le Mystère intérieur, la discipline intérieure qui leur défend de parler de leur source d'inspiration individuelle qui est en liaison directe avec l'Esprit.

Ils sont libres parce qu'ils savent tout rejeter, mais conservent toujours leur très autonome noyau spirituel. C'est pour cela qu'ils ne se dissoudront jamais dans la vie, qu'ils ne seront jamais rejetés de ci- de là, entre toutes sortes d'influences et d'idées contradictoires.

La discipline, le secret imposé à la masse sous toutes sortes de menaces, ou de mesures disciplinaires, n'est pas possible - La crainte est la seule condition pour sauvegarder ce secret, et la crainte est anti-spirituelle — Dans l'Esprit, la crainte est inconnue.

Celui qui veut devenir spirituel commence à contester la crainte. Chaque homme connait les craintes, elles sont les inconvénients de la vie naturelle.

Tous les mouvements, toutes les règlementations sociales, tous les groupes religieux attachent leurs aiguillons dans la crainte des hommes.

Sauf les sectes.

Parce que la secte ne veut pas se maintenir : elle dépend de la liberté intérieure, et du sectarisme-individuel par principe — la ligne de conduite de l'individu.

La secte se forme toujours par protestation, par défense, par protection contre le nivellement intérieur. La crainte est la bienfaitrice de la religion organisatrice, et non de la source d'inspiration spirituelle.

Un édifice hiérarchique peut végéter pendant des siècles, par la crainte suggérée à ses disciples.

Pour l'homme autonome, qui suit son chemin en liberté, qui garde ses principes, qui ne galvaude pas sa noblesse intérieure et son Alliance avec l'Esprit, c'est un compliment que d'être nomme "sectateur".

Les épreuves que les anciens prêtres imposaient à leurs disciples, lourdes, impitoyables, n'épargnent rien, n'avaient pour but que de distinguer le sectateur du croyant dogmatique.

D'innombrables divisions se sont formées dans les religions, juste dans notre ère d'Aquarius, et bien que l'on donne à beaucoup d'entre elles le nom de sectes, elles témoignent qu'elles ne sont rien d'autre que des groupes dogmatiques.

Ne pensez pas que tout groupe de discussion, toute réunion féconde, toute assemblée agréable, peut être qualifiée de sectaire, parce qu'elle: auraient comme sujet des conceptions chrétiennes déviationnistes.

Le Bouddhisme, l'Islamisme, le Christianisme, le Gnosticisme, l'Alchimie, connaissent tous leurs sectateurs, et leurs sectes.

Quotidiennement naissent à Amsterdam, de nouveaux groupes religieux ainsi qu'on peut le lire dans les média de publicité, et l'on dit alors: Nous avons une nouvelle secte !

Le mot secte, est alors exclusivement employé comme indication d'un parti — c'est la compréhension nivelé du terme ancien.

Tous les grands mouvements religieux, en Orient et en Occident, connaissent d'innombrables désagrégations, parfois basées sur un point minime de dispute dogmatique, mais l'ancienne forme de la secte est rare.

L'inspiration, la révolte intérieure contre la profanation des valeurs spirituelles primordiales créent la base pour la formation d'une secte, mais celle-ci n'est vivante qu'au moment où la Source d'inspiration, le Saint des saints, est vivifié par une ou plusieurs personnes. Non pas par des mantras, des phrases et rites appris, ni par des formules magiques transmises par tradition.

Non, Mais par un schéma de conduite sectaire, et cela veut dire, par une stricte noblesse, et une discipline intérieure.

Plus d'un clame pour la liberté, tandis que son caractère faible est avide de sectarisme sévère.

Il est à la mode de fuir l'autorité, mais il y a encore quelque chose comme autorité naturelle : dans la nature, dans chaque groupe, chez chaque espèce, il y a des règles de conduite sectaire, et elles seraient encore inattaquables et clairement visibles si l'homme, avec son illusion de liberté, ne s'était pas interposé.

Les vérues de notre société, que la publicité nous montre journellement, trouvent leur cause dans la folie de liberté des homes, sans que l'on veuille pour autant s'en tenir’ aux règles sectaires.

La secte de l'humanité connait sa discipline naturelle, de même que chaque peuple, chaque race, la connait.

On s'en soucie de moins en moins, et ainsi, on rabaisse l'homme dans sa propre misère ; toutes les espèces dont il s'occupe suivent la même voie.

La liberté est magnifique ! Mais cela ne veut pas dire qu'on puisse troubler et rejeter toutes les lois ; dans la nature existe une loi cachée, une "Disciplina Arcani", et cela est le mystère de la Vie — mystère intense de la vie insaisissable de la nature. Celle-ci travaille à sa manière dans chaque espèce, dans chaque peuple, dans l'humanité. Partout se trouvent les degrés de cette Disciplina Arcani naturelle.

Mais, comme pour les religions, l'homme cherche sans cesse quelque chose de meilleur, quelque chose de nouveau, et rejette de plus en plus ce qu'il VEUT ,au fond, posséder.

Il est de plus en plus dirigé extérieurement, et de moins en moins intérieurement.

Il lutte contre le sectarisme, partout, même dans la nature. Il suppose qu'en combattant le sectarisme, il éprouve une "autorité", il s'empare de la liberté.

Et à la fin, il lutte contre le Dieu-en-lui, le Dieu inné qui le force à être sectaire, conséquent, par intuition et conscience.

Et parce que lui-même lutte sans cesse, la nature qui, elle, s'abandonne à la Disciplina Arcani qui lui est innée, l'irrite . Il est offusqué de l'intelligence entre l'ancien et le jeune, entre l'homme et la femme, les relations réciproques entre les peuples, les races, qui en somme, devraient former le champ de fleurs de l'humanité abondamment nuancée.

L'homme se comporte comme un opportuniste furieux sans conscience, qui arrache et piétine les fleurs une à une, et si ceci ne va pas assez vite, imagine des manières pour détruire des champs de fleurs tout en entier, et ce, parce qu'il ne trouve pas ce qu'il cherche : ce qu'il a une fois jeté, ou perdu.

L'enfant qui fuit la protection de la maison paternelle, ou qui ne la jamais connu, cherche la protection, la consolation et le soutien ailleurs.

L'homme chercheur, l'homme touché spirituellement, ou l'homme qui ne possède rien que la nostalgie de ce "Trésor perdu", se venge de la perte de cette certitude sur son entourage, ses prochains, la nature, les hérétiques, les peuples, les races - toujours sur les autres.

Mais actuellement se produit un changement, un revirement. L'homme devient fatigué. Il se fuit en lui-même. Il cherche la concentration, ce noyau de forces, de nouveau, dans le silence, dans la nature, dans un réveil de ce "qui a été".

Mais cette consolation est temporaire — La nostalgie est plus profonde — Et à la fin, il finira là où il ne voulait pas aller : dans le sectarisme. La sévère ligne de conduite par principe.

De ces sectateurs de tous les coins du monde provient une secte : la secte universelle, basée sur la protestation contre le nivellement de l'homme lui-même, et basée sur la défense contre la profanation de la Vie, que personne ne peut produire, que la Source d'inspiration de cette secte universelle : l'Esprit — ou Dieu, si vous voulez .

C'est peut-être une image de pensées très idéalisées, mais aussi longtemps qu'il y aura des sectateurs,(non fanatiques),qui veulent être conduits par l'Esprit-Vivant lui-même, et qui garderont leur liaison avec cet Esprit dans la Disciplina-Arcani, — aussi longtemps on quêtera, on espèrera et on croira la Résurrection de l'Esprit vivant dans l'individu I

Au moment ou cette croyance, cette confiance, liera les sectateurs, ils trouveront de nouveau l'Unité dans la Liberté.

Cette Unité et cette Liberté qui continueront sous la protection de lEsprit,

Qui créa la VIE .

©1977-2015 Henk et Mia Leene