185 - Monde sans origine

Il n'y a pas un homme qui puisse se faire une juste représentation de l'Eternité le "Toujours Etre" de la Source de Vie qui se crée et crée par Elle-même. 

La créature connaît un commencement et une fin: toute vie commence et finit, aucune création ne possède l'Eternité.  

Entouré par l'anneau du: "jusqu'ici et pas plus loin", comme le disent les Stanza de Dzyan, l'homme se meut dans une période de vie répétée, comprise entre le commencement et la fin. 

Il n'y en a que peu qui espèrent et désisant l'Infinité. 

Les expériences, les souffrances et les épreuves dans le domaine de la vie naturelle n'appellent que trop souvent chez l'homme le désir de la fin. 

Il y a ceux qui veulent continuer indéfiniment leur vie, en se complaisant dans la satisfaction de l'égo et qui n'ont jamais assez de leur propre gloutonneries. 

Et il y a ceux qui viennent de ce Monde saris Origine, ceux qui protestent contre le mouvement répété de la Roue de la vie et de la mort. 

Et ils cherchent sans cesse la corde délivrante qui est laissée descendu dans le puits du dépérissement. 

Ils ne connaissent plus la paix, 

ils se sentent trompés 

ils se savent prisonniers et bien qu'ils aiment la liberté, 

ils comprennent que cette liberté ne peut jamais se trouver dans la sphère de l'anneau du: "jusqu'ici et pas plus loin". 

Le commencement et la fin apportent la souffrance; la naissance et la mort connaissent leurs propres maux. Ces souffrance se placent au-dessus de la période du commencement et de la fin; elles se meuvent comme des serpents rusés entre les événements de la vie, et elles tiennent l'homme enserré dans leur emprise. 

La marche de la vie est une période qui est offerte à l'homme, et qui qui lui est accordée pour survivre.  

Des sept sphères, là où les sept Seigneurs résident, il y a continuellement un œil ouvert sur lui pour qu'il ne s'égare pas, pour qu'il ne sorte pas par la porte de sa prison. 

Y a-t-il un homme qui possède la liberté pour être lui-même? 

Y a-t-il une créature qui ait échappé à la contrainte des puissances toujours changeantes? 

Y a-t-il quelqu'un qui puisse nier son emprisonnement dans les suggestions des périodes de l'humanité? 

Nous tous, parlons donc la langue de nos prédécesseurs, le langage des disparus? 

Personne ne peut s'arracher de la répétition: recréation des vieilles images, on efface et on recommence à nouveau. 

Espérance, déception, nouvelle espérance, nouvelle déception, fatigue, expérience inoubliable et finalement la fin. 

L' homme suppose qu'il nourrit de nouvelles idées, qu'il embrasse de nouvelles religions, qu'il possède une plus grande connaissance. 

Jusqu'à ce que cela rejaillisse sur les souvenirs de ceux qui ont disparu, et il doit alors éprouver que toutes ses idées étaient déjà une fois.  

Il y a d'innombrables écrits, des rouleaux et des tables remplis de sagesse et de découvertes de civilisations anéanties; et tout autant d'écrits ont été détruits, parfois volontairement, parfois par ignorance. 

Si l'homme voulait comprendre une fois pour toute que tout ce qu'il imagine, invente et découvre a déjà été, est-ce que cela serait une tentative pour arrêter la roue des répétitions?  

Et si cela réussissait, ne s'élèverait-il pas une catastrophe, parce que l'école de la vie aurait perdu son rythme?  

La répétition est la grâce qui met l'âme tombée en état d'arriver au réveil.  Si ce réveil est un fait, alors la vie commence seulement.  

Il y a alors pour la première fois, reconnaissance, compréhension, et l'organisme et les possibilités psychiques vont être employés.  

A l'instrument matériel va être ajoutée une nouvelle dimension: une 'vibration, l'éther du Monde sans Origine. 

L'Eternité saisit le temporel et tâche d'asservir celui-ci à Elle-même.  

Avant tout, l'homme, la créature temporelle, est irrité et arrivé à la découverte de sa imitation et surtout, à la compréhension de l'anneau du: "jusqu'ici et pas plus loin".  

Ce qu'il voudrait dans un réflexe intuitif, cela ne se peut pas. 

Il ne peut pas entrer dans l'Eternité, aussi peu qu'il puisse La saisir; il doit patienter, attendre et il doit consentir à être préparé à une naissance intérieure, tout comme la terre a été préparée pour l'habitation des Fils de la Lumière tombés. 

La terre créa d'abord "des créatures de la substance de l'eau et elles étaient épouvantables à voir", comme cela est écrit dans les Stanza, et ainsi l'homme devenu agité par l'éther, et qui cherche le Monde sans Origine, crée avant tout des créatures qui sont épouvantable à voir, parce qu'il ne possède pas de patience, et qu'il ne veut pas avouer son imperfection et son ignorance!  

C'est la première naissance.  

Un commencement d'où provient l'emportement passionné du chercheur, qui finit toujours dans la production de créatures épouvantables: des idées qui sont dégénérées, des habitudes et des méthodes nuisibles à l'homme-même, des Goliaths qui menacent leurs prochains par leur abus de pouvoir.  

Bref, l'homme ignorant remplit l'espace avec des images affreuses, et celles-ci arrivent à la vie, elles remplissent des siècles d'histoire de l'humanité avec des témoignages atroces et elles accablent leurs auteurs: des hommes non préparés, et changent la terre en une sphère invivable.  

"Dans ces créatures, il n'y a rien de nous", disent les dieux, et c'est pourquoi elles seront détruites. 

L'homme produit et les dieux détruisent ses productions pour que l'homme ne succombe pas à ses propres créations. 

Jusqu'à ce que la patience entaille sa sagesse, dans sa compréhension d'homme, et qu'il cesse de réagir avant que le sens de la vie ne lui soit devenu clair;  de sorte qu'il ne parle point avant que ses paroles ne soient vraies, et qu'il n'agisse point avant qu'il ne puisse répandre l'Esprit. 

La patience est un don de l'Eternité - les rotations irréversibles de la roue de la vie sont dirigées par la patience, dans laquelle le Fils de la Lumière tombé trouve grâce, compréhension et compassion.  

La "patience se trouve dans les os" comme le dit Dieu dans le livre d'Enoch, et ces os produisent la moelle, la force de vie de l'ossature, pour que l'homme puisse garder son instrument vivant. 

Dans l'âme, l'atome du "Monde sans Origine" est présent comme une résignation, une endurance, un don que l'homme-égo ne comprend pas. 

Celui qui sait souffrir, et qui sait produire la patience pour attendre son moment, peut compter sur la réussite de ses efforts.  

Tout travail difficile sera vaincu par la patience, de même avec le processus de la transformation, le triomphe de I'Eternité. 

Lorsque l'homme pense que l'Eternité n'est pas mise de côté pour son égo, et qu'Elle ne revient même pas à l'âme, si cet égo ni accepte pas son imperfection, il ne cherchera jamais le Chemin rapide pour retrouver le "Monde sans Origine", le Royaume de son âme.  

L'homme matériel s'affaisse, sans le squelette, le travail spirituel s'affaisse, sans la patience; l'Esprit se retire aussitôt qu'il aperçoit que la Patience, le don de l'Eternité et donc aussi le don de l'homme de l'Eternité n'est pas présente! 

Ni l'âme, ni l'Esprit ne se soumettent à un commencement et à une fin, à la naissance ou à la mort.  Ils entrent temporellement dans la limitation de l'ordre de la nature. Mais, ils ne sont jamais enchaînes aux lois de la nature. 

Ce que l'égo ne sait pas, vu ses limites, l'âme le sait; ce que le penser ne peut pas concevoir, parce qu'il est institué sur les lois de la nature, l'âme peut bien le comprendre. 

La croyance de l'homme est basée sur les lois de la nature, et est ainsi limitée. Il croit ce qu'il voit, ce qu'il entend, ce qu'il peut vérifier et éprouver.  

Ce n'est plus une croyance, mais une acceptation des faits. 

La croyance n'est pas concrète, c'est une notion abstraite, parce que ce n'est pas une image, une conception dogmatique, elle est innée dans l'âme. 

L'âme croit dans les choses qu'elle possède, parce qu'elle connaît ses dons.  Il est cependant difficile de transférer cette croyance à l'égo, parce que celui-ci ne connaît pas les dons de l'âme. 

La croyance en Dieu, ou en une Force, est innée dans l'homme ayant une âme, parce que ce Dieu, cette Force demeure dans l'âme. 

Celui qui est conscient de son âme, possède une foi dans le sens véridique du terme. Cette croyance appelle la Patience à son aide, comme l'une des essences de la Certitude. 

Les hommes très individualistes perdent souvent cette croyance en Dieu, ils l'ont remplacée par une foi en eux-mêmes.  

Alors arrive la phase de la lutte de l'égo contre l'égo, la révolte contre la soumission, l'acceptation et la puissance suprême. 

L'égo ne peut pas croire en une Force Eternelle, parce qu'il est né du temporel; il déforme Dieu, la Source, d'après ses représentations liées et limitées, et il appelle cette représentation: Dieu! 

Et il prie ses statues, les rejettant lorsqu'elles sont usées, et s'en construisant d'autres qui vibrent mieux avec lui. 

Cependant, ces dieux sont des formes temporelles, et elles accompagnent l'homme jusqu'à l'anneau du: "Jusqu'ici et pas plus loin". 

Si l'âme élève l'homme au-dessus de la limite de cet anneau, alors tout le panthéon des dieux s'écroule et l'homme devient un isolé, un individu qui est confronté avec l'être du Monde sans Origine, l'Etre qui demeure en lui, et ainsi commence l'aversion et l'éloignement du vieux monde, des vieilles images, des vieux piliers de soutènement. 

La patience attend jusqu'à ce que leurs souvenirs se dissipent - l'homme ne lutte plus alors contre des impressions et des expérimentations passagères.  

La patience l'empêche de perdre sa vie pour l'amour des dieux apparents.  Elle construit en lui l'Eternité, qui fait sauter la puissance de la limitation saturnienne.  

Pour héberger temporellement l'Eternité en lui, l'homme doit posséder un foyer digne:  

Un foyer qui soit meublé avec les dons de l'Eternité - 

La Croyance qui l'illumine, 

La Patience qui le conserve,  

et la Vérité qui le purifie. 

Il y en a tant qui se plaignent de l'échec sur le Chemin spirituel, et d'autres qui comptent sur une récompense et encore d'autres qui attendent une satisfaction. 

Mais ils oublient de demander l'aide de la Patience, et ils négligent _ le don de la Croyance qui les illuminerait. L'homme individuel s'efforçant de parvenir à ses buts, travaillant pour la paix, cherchant la connaissance, peut difficilement retourner à l'état d'enfant du "Monde sans Origine". 

On doit arriver à l'âge adulte dans la matière, pour pouvoir réaliser la tâche difficile du retour à l'état d'enfance. 

L'état d'adulte n'est pas seulement rattaché à un corps parvenu à la croissance - l'état d'adulte, c'est aussi répandre les qualités de l'état-d'homme complet.  

Combien d'hommes restent-ils au niveau d'une croissance incomplète, avec des réactions imparfaites et sans maturité, avec des fautes qui un homme mûr ne commettrait jamais? 

Comment peut-on compter qu'un tel homme comprenne un Monde qui lui est totalement étranger?  

Le monde est rempli d'hommes cherchant, en quête d'un but qui est en accord avec leur état-d'adulte-douteux: Leurs buts témoignent pour eux. Leurs idées, les représentent comme des énormes édifices qui couvrent cet ordre de nature: Les hiérarchies, les formes de gouvernements, les doctrines - tous vont et viennent dans une marche correspondant au niveau de la conscience de l'homme.  L'homme est encore continuellement occupé à croître, à devenir adulte dans le sens véritable, et pour cela, il a besoin de matériel, de jouets, d'expériences pour être prêt au moment voulu, et pour qu'il reconnaisse l'Eternité lorsqu'elle s'annoncera au moyen de l'âme. Actuellement: l'homme dit "non", parce qu'il est ignorant, parce qu'il adore ses dieux créés par lui-même, et qu'il se réjouit, de choses passagères. 

Il dit "non'' par peur, par paresse, par ignorance et par égocentricité. 

Personne ne peut accepter une vérité sans avoir l'instrument adéquat pour la recevoir. Beaucoup pensent au Monde sans Origine, et s'en font des images. 

Ils pensent: "Cela arrive après la mort et ce sera splendide!" 

Mais l'homme rempli de patience, sage et sans prétention dit: 

"Ce Monde m'entoure, parce qu'il y a en moi quelque chose de Lui!" 

Alors, il n'y a personne qui puisse lui ôter ce savoir, car ci est pour lui une vérité éprouvée. 

Il n'est pas un imitateur ni un croyant fanatique, mais il est devenu un homme adulte par expérience et compréhension, et il retourne, chargé de sagesse, vers la Source de son Véritable Etre. 

Un tel homme cherchera-t-il avec inquiétude toutes sortes de démonstrations extérieures? 

Se trouvera-t-il appelé à forcer des hommes qui n'ont pas atteint toute leur croissance intérieure à manger les fruits de la sagesse, alors qu'ils en ont une aversion?  

Succombera-t-il dans une apitoiement sur lui-même et dans la douleur, parce que son égo ne peut pas atteindre la perfection? 

Se montera-t-il la tête avec un possible échec sur le Chemin vers l'Esprit? 

NON! 

La Croyance et la Patience lui ôtent ce poids, mais le chargent, dans la suite du processus, avec la responsabilité de la sagesse et de l'intelligence - et celles-ci lui défendent de faire ce que l'égo lui conseille: "chercher des trésors dans un monde qui n'est pas le sien". C'est sa doctrine: Vivre, comme cela convient à un être de l'Eternité regardant patiemment, rassemblant les fruits que la Croyance lui offre et suivre la Trace de la Vérité Eternelle, qui le conduit jusqu'à la Porte du Monde sans Origine.   

©1977-2015 Henk et Mia Leene